
La période qui suit la parution de Matière de l’amour avait été consacrée également à l’exploration d’ hypothèses critiques sur la poésie, par des tentatives d’explicitation de grands textes fondateurs de la conscience poétique moderne, Baudelaire, Mallarmé, Poe. Des revues accueillent les textes où ces tentatives s’expriment : la N.R.F. de Jacques Réda (qui publie également un ensemble de poèmes), et Critique. François-Marie Deyrolle s’intéresse au travail de François Lallier, et leur collaboration aboutit à la publication en 1996 d’un volume de poèmes.
Son titre reflète l’une des hypothèses formulées dans les textes critiques : l’acte poétique, en sa relation avec la vie, se fait de la découverte d’une voix, mais silencieuse, et sous-jacente à la vision que semble seule pouvoir restituer l’écriture. Cette voix cachée, la poésie doit la faire entendre, mais comme cachée. La faire entendre non seulement au lecteur, mais au poète lui-même, qu’elle guide en cette découverte confondue dès lors avec la vie : car avec cette conjonction paradoxale de l’audible et du visible, en leur part secrète, qui n’exclut pas le fonctionnement de l’instance inconsciente, c’est la vie même qui est en jeu. La dimension biographique a trouvé là, bien que précaire encore, la clé de sa fusion avec l’écriture.
C’est que l’image du monde ne peut apparaître vraiment que si est affronté le gouffre de la voix absente, qui elle-même n’est audible, pour ainsi dire, qu’au fond du bruit du monde : source commune du poème et de son dehors, que les essais critiques ont fini par désigner comme « la voix antérieure ».
Cette prévalence secrète du sonore reste toutefois, dans ce livre,à l’exception des dernières pages, subordonnée au visible — pour lequel, il faut le remarquer, n’existe pas de mot indiquant son absence, comme le mot silence indique l’absence de tout élément sonore perceptible, hormis lui-même. Pourtant, à cause de données intérieures et biographiques durables, l’auteur est de plus en plus conduit à s’intéresser au versant musical de la poésie, et à l’apparition, dans la musique, d’une possibilité de conjonction authentique du son et de l’image, par la voix.
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François LALLIER
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